Adeline : la plaidoirie de Poggia fait mouche au Grand Conseil

Note des utilisateurs: / 2
MauvaisTrès bien 

grandconspoggia(DDG/jaw) Le Grand Conseil de Genève a débattu durant quarante minutes d'une motion du Parti socialiste et d'une autre (UDC) proposant une Commission d'enquête parlementaire sur l'assassinat d'Adeline, jeune sociothérapeute tuée alors quelle emmenait un récidiviste à une promenade équestre réputée "thérapeutique". Deux rapports officiels ont déjà été publiés sur ce drame.

Une enquête administrative et une enquête pénale sont en cours...

Voici comment le nouveau conseiller d'Etat, Mauro Poggia, a plaidé pour empêcher le lancement d'une Commission d'enquête parlementaire...


poggia

Mauro POGGIA (MCG)

Conseiller d’état chargé du département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS)

 « Que dire face à une proposition comme celle qui vous est soumise si ce n'est de vous exprimer la consternation du Conseil d'État de voir à quel point l'émotion légitime de la population face à un drame terrible est manipulée et utilisée à mauvais escient. Je voudrais croire évidemment que le mobile est noble et que l'on recherche une vérité que d'autres nous auraient cachée mais quelle vérité ? Votre vérité ? On le sait bien il est plus facile de désigner les coupables que de les rechercher et c'est précisément ce que l'on veut mettre en place ici : il y a une pétition. On se rend compte que la population est émue, qu'elle est sensible au sujet donc on emboîte le pas. On veut attirer la sympathie de la population disant : nous parlementaires, allons faire ce que d'autres ont été incapables de faire parce que les autres sont corrompus ou en tout cas non pas l'impartialité qui était de mise dans cette affaire. Vous voulez donner des réponses citoyennes. Qui donc voulez-vous pondre à la lanterne, Monsieur Deneys (député PS) aujourd'hui ? C'est cela que vous voulez ? Il ne suffit pas de mettre dans un plateau de la balance un blâme et dans l'autre un crime terrible pour dire que celui qui a été l'objet du blâme a fait....(hésitation) à bénéficié de complaisance. Qui d'entre vous, Mesdames et Messieurs, a lu intégralement le rapport de Monsieur Bernard Ziegler ? Qui d'entre vous a lu intégralement le rapport de Monsieur Benoît Chappuis ? Certainement par les signataires de cette motion parce que sinon ils ne vous demanderaient pas de faire un travail des erreurs ou des dysfonctionnements transversaux puisque c'est précisément sur ce point que Monsieur Ziegler s'est exprimé. Nous avons deux rapports avec leurs erreurs et leurs imperfections sans doute... Qui ne se trompe pas ? J'ai de la peine à voir quelles sont les erreurs. Je trouve plutôt qu'il y a de la pondération à l'égard d'une affaire qui aurait pu pousser à tous les excès et vous en êtes la démonstration...certains d'entre vous, ce soir. Au contraire, ces rapports sont mesurés et nous en attendons d'autres puisque vous savez qu'il y a une enquête disciplinaire contre la directrice du SAPEM. Il y a aussi une procédure pénale qui est en main du Procureur général. La justice est donc saisie de cette affaire. Alors, lorsque j'entends l'un d'entre vous dire : cette enquête parlementaire n'apportera peut-être pas grand' chose mais, si l'on est convaincu qu'elle n'apportera pas grand' chose, pourquoi l'ordonner si ce n'est pour se mettre en avant et pour se donner des compétences et des qualités que l'on n'a pas ? Je crois qu'il faut laisser à d'autres le soin de dire où ont été les dysfonctionnements. Des dysfonctionnements qui, cumulés les uns aux autres, ont permis la réalisation d'un drame atroce ! Est-ce pour cela qu'il y ait des coupables uniques à désigner car si nous avions pris une photographie de la situation un mois avant les faits, sans doute que beaucoup d'entre nous auraient trouvé que ce qui se fait à la Pâquerette était remarquable...Comme les autorités vaudoises qui mettaient en exemple cette institution. Et il y a eu le drame : un drame de trop, un drame intolérable et ce n'est pas pour cela que nous devons mettre en balance d'un côté ce drame et de l'autre les réussites de cette sociothérapie car il y en a eu. Et, paradoxalement,ce sont précisément ceux qui vous proposent cette motion qui ont toujours été les fervents défenseurs de cette sociothérapie, considérant que beaucoup de ces personnes qui finissent sur le banc des accusés ne sont finalement que le produit d'une société incapable de les intégrer correctement. Je vois d'ici l'avocat de l'assassin qui doit se réjouir de nos débats en se disant qu'en Cour d'Assises il va pouvoir dire : Vous voyez, on a laissé mon client faire ce qu'il a fait grâce à tous ces dysfonctionnements. Mon client n'est qu'un fétu de paille sur l'océan de la société qui l'a poussé à faire ce drame ! Non Mesdames et Messieurs, il y a en tout cas un assassin, nous en somme certains : il est là ! La justice dira jusqu'à quel point sa culpabilité doit être retenue et quelle sanction doit être prononcée. D'autres ont une responsabilité morale et l'État de Genève et les HUG ont immédiatement reconnu à l'égard des victimes leurs responsabilités et leur disposition à entrer en matière pour assumer cette responsabilité. Que cherchez-vous davantage aujourd'hui si ce n'est précisément de faire souffrir davantage ceux qui sont incapables de faire ce deuil parce que précisément, on veut leur faire croire qu'on leur cache la vérité. Alors la pétition viendra vers vous, oui effectivement, eh bien vous en ferez ce que vous devez en faire. Vous entendrez sans doute ce qui a été dit. C'est vrai que l'instruction de cette pétition a déjà commencé sur une grande chaîne locale. Donc, vous poursuivrez ce travail de fond qui a déjà été commencé par d'autres avant vous. Par contre, en ce qui concerne cette motion, je vous demande de la rejeter, par respect pour nos institutions, par respect également pour les victimes et par respect pour la mémoire de cette femme qui est décédée en croyant, au plus profond d'elle-même, à la justesse de ce qu'elle faisait. Je vous remercie »

 (Applaudissements nourris.)

 vote

Suit un vote sur un amendement visant à supprimer les cinq dernières invites (considérants).

Ce document n'a pas été lu ni rendu public lors de la séance télévisée sur l'Internet. Une lacune de taille pour les citoyens-internetistes:-) !

 Ledit amendement-mystère a été rejeté par 53 non 38 oui et 3 abstentions.

 vote

Suit le vote sur la motion du PS pour une Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Adeline

 La motion pour une Commission d'enquête parlementaire (Affaire Adeline) est rejetée par 48 Non contre 45 oui et 0 absention.

 Le débat sur ce sujet traité en urgence aura duré quelque 35 minutes.

» L'intégralité des débats précédant la conclusion de Mauro Poggia se trouve sur le blog ScriptaVolant de La Tribune de Genève

bugnion

» La démocratie d'opinion, par Jean-Michel Bugnion (photo) sur son blog "Un candide en politique"

boomerang

» Deneys rétorque par voie de presse: «Sans commission d’enquête, le malaise reste»

NB: (Captation, transcription et mise en ligne par l'équipe de nuit des DDG. Seul le Mémorial fait foi)

 

 

Mis à jour (Dimanche, 08 Juin 2014 14:59)